En concertation avec l’équipe enseignante de l’établissement, la coordinatrice culturelle Catherine Gloaguen a choisi de mener l’action «Le Livre Vient à Vous» : 70 livres «faciles à lire», mis à disposition des détenus en dehors des bibliothèques. Le principe est l’emprunt libre, basé sur la confiance.
Un atelier de création de présentoirs en carton a eu lieu le 22 décembre 2015, organisé avec l’association Triskell Factory. Une dizaine de détenus a pu y participer : chacun a réalisé son présentoir en carton, et a pu le customiser avec l’aide de la créatrice Alexia Jouineau. (cf. photos ci-dessous des productions). L’équipe enseignante de l’établissement était associée à cette journée et a proposé en parallèle différents ateliers de créations manuelles autour du livre, au sein du pôle scolaire.

 

Alexia Jouineau est revenue sur cette expérience en répondant aux questions de Gérard ALLE :

Alexia Jouineau : positive attitude

Styliste, costumière, Alexia Jouineau partage son temps entre Concarneau et Paris, où elle exerce ses talents à l’Opéra Bastille. En décembre 2015, elle intervenait à la maison d’arrêt de Vezin-le-Coquet  pour y animer un atelier de construction de présentoir de livres. Une expérience qui en appelle d’autres.

Alexia Jouineau a contacté Catherine Gloaguen, coordinatrice des actions culturelles et d’insertion à la Ligue de l’enseignement. « J’avais un projet de recyclage de textiles et ça m’intéressait de travailler en milieu carcéral. Catherine m’a lors parlé de ses difficultés à trouver des plasticiens, notamment pour la création de présentoirs de livres en carton. » Avec une amie, peintre à l’Opéra de Paris, Alexia réfléchit donc à la mise en place d’un atelier de création à la maison d’arrêt de Vezin, qui verra le jour en décembre 2015. « Je savais que j’allais être confrontée à des gens non francophones ou parlant mal le français, c’est pour ça que j’ai pensé dès le départ donner une place importante au dessin comme moyen d’expression, aussi pour permettre aux participants le plus d’autonomie possible. » Si une minorité de détenus n’étaient pas très motivés au départ, l’atelier s’est révélé finalement très chaleureux. « Une expérience très intense dont je garde un souvenir très fort. Je pense en particulier à ces détenus géorgiens qui ont pris ce travail tellement à cœur. Ces costauds m’ont surpris avec leur avalanche de tendresse, leurs dessins de paysages campagnards, de pères Noël, leur solidarité après les attentats de Paris. Quand il a fallu se quitter, ils m’embrassaient les mains. Mais voilà, c’était une journée. Juste une journée. C’est très frustrant ! »

Passer un bon moment

Passionnée par l’animation autour du recyclage de textiles, par son aspect politique de refus de la surconsommation, comme par son côté humain, Alexia Jouineau anime des ateliers sur ce thème, mêlant plusieurs générations. Chacun y apporte ses qualités et ses compétences. « Les personnes âgées ont beaucoup de connaissances techniques, mais pas forcément d’idées. Les enfants, c’est le contraire. Et les ados, souvent enfermés dans leurs histoires, bénéficient du savoir-faire des uns et de la fraîcheur des autres. » Comme pour son intervention à la maison d’arrêt, Alexia s’appuie sur une même philosophie : « Insuffler une énergie positive. On n’est pas en compétition mais dans l’entraide. Et surtout, on travaille dans la bonne humeur. Avant d’intervenir en prison, je m’étais dit : quoi qu’il arrive, il faut que tout le monde passe un bon moment. Je dois insuffler un certain tempo pour atteindre l’objectif, mais il faut que ça reste léger, qu’il y ait une place pour la rigolade. Je trouve que le mot effort est un joli mot, mais pour autant, on n’est pas obligé de souffrir. Je suis passée par l’école des métiers d’art et c’était un peu la philosophie de l’époque : il fallait en chier. »

Cette courte expérience menée dans le cadre de l’opération Quartier Livre a donné des idées et des envies à Alexia : « J’aimerais animer un atelier sur un plus long terme, en milieu carcéral. Par exemple, recycler des textiles et organiser un défilé de mode, à la prison des femmes… »

Alexia Jouineau – magiciendarts@live.fr
Les présentoirs en cartons sont présents dans les bibliothèques, ainsi que dans d’autres lieux de détention (ateliers, pôle scolaire, gymnase…).
Ces présentoirs sont complétés par du mobilier à roulettes qui dessert plusieurs lieux de la détention. Il s’agit d’un présentoir mobile professionnel type «Labyrinth» réalisé par la société BCI.

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Le meuble « Facile à lire » installé au pôle scolaire