La fabrication des meubles

La cartoniste Magali SIMON de l’atelier  « Tortuedodouce » de Brest a mené un atelier de fabrication de meubles en carton avec les détenus.

Quatre détenus ont pu bénéficier de sorties à la journée début mars pour cet atelier carton. Pendant 3 jours ils ont ainsi conçu un présentoir à roulettes pour exposer les livres  « Facile à Lire ».

Pour cela, ils ont commencé par dessiner des croquis puis des plans à l’échelle. Ensuite, à l’aide de quelques outils, ils ont minutieusement découpé dans du carton de récupération les différentes parties du meuble dont les traverses intérieures qui assurent la solidité de l’ouvrage dans le temps. Ils ont ensuite tout assemblé et collé à l’aide de bandes gommées pour enfin choisir la couleur et les motifs de l’habillage fait de papiers artisanaux collés à l’aide d’une colle à base de farine.

Parallèlement à cet atelier, Magali Simon a associé au projet un groupe d’étudiants moniteurs éducateurs de l’ITES (Institut pour le Travail  Éducatif et Social). Ils ont créé deux meubles spécifiques en carton pour la Maison d’arrêt : une malle mystérieuse nommée «  Il était une fois  », qui, s’ouvre grâce à des roulettes pour présenter les livres   « Facile à Lire », et un « arbre à livres » en peint en rouge et décoré avec des pages de vieux livres qui a pour objectif d’attirer l’œil et d’offrir aux curieux quelques fruits littéraires! (cf. photos ci-dessous).

Les trois meubles en carton légers et mobiles ont pour objectif de circuler dans tous les recoins de la Maison d’arrêt de Brest (infirmerie, cour…) prolongeant l’activité de
la bibliothèque afin de toucher un public plus large.

 

 

Magali Simon témoigne sur cette expérience unique et répond aux questions de Gérard ALLE :

Des murs en carton pour la prison !

Magali Simon est cartonniste. Un mot nouveau pour englober un art en devenir. Chez Magali, la couleur du carton est politique, au sens noble du terme. D’abord, elle travaille sur le recyclage artistique de matériaux considérés comme des déchets, donc sans valeur. Ensuite, Magali est éducatrice spécialisée de formation et utilise son savoir-faire dans l’action sociale. Ainsi, elle est intervenue à la Maison d’arrêt de Brest, dans le cadre de Quartier Livre.

« Je suis tombée dans le carton par le biais d’un atelier mené par Eric Guiomar, de la compagnie Bleuzen. Et j’ai compris tout de suite que c’était un très bon outil pour renforcer le lien social. » Pour faire face aux nombreuses demandes d’animation et de formation provenant de structures éducatrices et d’associations, Magali Simon a choisi le statut d’auto-entrepreneur. « L’un des grands avantages de cette technique est de permettre la personnalisation en développant des styles différents, selon les envies de chacun. »

Hors les murs

Pour Quartier Livre, Magali est intervenue auprès des détenus de la Maison d’arrêt de Brest. Il s’agissait de créer des présentoirs pour les livres proposés dans l’établissement pénitentiaire, dans le cadre de Facile à lire. « Même s’il doit y avoir un côté fonctionnel, j’ai laissé les participants choisir le modèle, déterminer sa forme, ses couleurs. Ils ont pu s’inspirer librement de documents que je leur avais fournis, présentant des meubles contemporains en bois, ou dans d’autres matériaux. »

C’était la première fois que Magali intervenait auprès d’un groupe de détenus, même si elle avait déjà travaillé avec d’anciens détenus en insertion. « C’était très intéressant, et une très bonne idée de les faire sortir de la prison pour l’activité, qui avait lieu dans un patronage laïque. D’ailleurs, les gens qu’on a pu croiser ne savaient pas forcément à qui ils avaient affaire. Du coup, les regards étaient bienveillants et les détenus ont pu aussi découvrir qu’il existe en ville des lieux où l’on peut faire des choses, acquérir des compétences. Il y avait parmi eux un ancien menuisier qui a pu apporter son savoir-faire. L’un des jeunes a bien accroché et a envie de continuer. Ses sœurs qui aiment le bricolage sont aussi venues nous voir et sont intéressées. C’est un peu le but : j’essaie toujours de faire en sorte de donner aux participants envie de continuer. Deux d’entre eux n’étaient pas très motivés au départ. Ils disaient même qu’ils s’en fichaient de fabriquer des trucs, si c’était pour la prison. Et puis, au bout de trois jours, ils étaient fiers de signer de leur nom le travail achevé. Dans l’ensemble, les détenus m’ont fait part de leur plaisir de faire autre chose que de regarder la télé ou de jouer sur une console. Et d’un manque d’activités créatives, en prison. »

Donner envie de lire

Ce projet était le deuxième réalisé par Magali Simon, dans le cadre de Facile à lire. Elle avait déjà travaillé à la création d’un meuble avec le centre social de Landerneau au cours d’un atelier destiné à des gens qui ne fréquentent pas habituellement les médiathèques. Il s’agit d’un meuble ludique, qui attire le regard des enfants, en espérant que ceux-ci entraînent leurs parents dans leur sillage. « Avec l’animatrice de la Fol (Fédération des œuvres laïques) qui participait à l’opération à Brest, nous avons essayé aussi de motiver les détenus pour qu’ils empruntent des livres qui vont être exposés sur ce meuble qu’ils ont réalisé, en leur proposant quelques pistes de lecture. »

En plus de ses interventions dans le domaine social, Magali Simon organise au sein de son association Ré-Création, à Guilers, près de Brest, des formations au recyclage artistique de matériaux. Ils sont ouverts à tous et permettent de prolonger les apprentissages initiés lors des ateliers partagés. « Et chacun peut venir nous voir avec son projet. »

 

Atelier TortuedodouceFormation et animation d’ateliers, meubles en carton et recyclage artistique – www.tortuedodouce.fr

Magali SIMON – Contact : 06 52 16 37 57 / tortuedodouce@gmail.com

 

Ateliers carton partagés – Association Ré-Création
Local : 18 rue Saint Valentin 29820 Guilers,
Contact : tonnerredecarton@laposte.net

 

La mise en place de ces « bibliothèques mobiles »

Ces « bibliothèques mobiles » ont été installées dans différents endroits de la Maison d’arrêt début avril 2016. Un meuble a été installé à l’infirmerie, un autre au SPIP et le dernier se trouve à l’école. Sur chaque meuble, 10 livres du fond  « facile à lire » sont mis à disposition. Ils y restent deux semaines avant d’être remplacés par des nouveaux.

Les emprunts de livres positionnés sur ces mobiliers

Après deux semaines de suivi, un premier bilan du fonctionnement de la bibliothèque mobile a été réalisé par la Ligue de l’enseignement mi-mai 2016.

  • Sur chaque meuble, la moitié des livres a été empruntée. Les détenus semblent donc avoir identifié ces meubles et ont la curiosité d’emprunter des livres.
  • La semaine du 4 mai :
    • 4 livres ont été empruntés à l’infirmerie et 2 ont été rendus à la bibliothèque.
    • A l’école, 5 livres ont été empruntés et aucuns ne sont revenus.
    • Au SPIP, 2 livres ont été empruntés et aucun n’a été rendu.
  • La semaine suivante :
    • 4 livres ont été empruntés à l’infirmerie et 3 sont revenus.
    • A l’école, 1 livre a été emprunté et 1 est revenu.
    • Au SPIP, 1 livre a été emprunté et aucun n’est revenu.

Ainsi, au bout de deux semaines, sur 30 livres mis à disposition, 14 ont été empruntés et 6 ont été rendus à la bibliothèque.

L’infirmerie est le lieu qui fonctionne le mieux car 8 livres ont été empruntés. Le SPIP est le lieu où sont partis le moins de livres avec 3 emprunts. Cela s’explique peut-être par le fait que ce lieu est moins fréquenté par les détenus.